Lors d’un après-midi aux allures hivernales du mois de mai (!), j’ai donné rendez-vous à Tudor Radulescu et son fils, Noah Sanon-Radulescu. Chacun dans notre salon, nous nous saluons à travers nos écrans.

« Ça va, mais ça commence à être long… », confie l’adolescent de 14 ans. Pour un sportif et un artiste comme lui, on pourrait pourtant croire que les passe-temps ne manquent pas. Cependant, ne pas pouvoir partager les grands moments de sa vie avec ses amis, c’est difficile, peu importe l’âge!

« Mes amis me manquent vraiment beaucoup », racontait-il à Laurent Duvernay-Tardif, le 16 avril dernier, lors d’un direct sur Instagram présentant les seize récipiendaires d’une bourse remise par la fondation du même nom. Noah – qui joue au basket en plus de pratiquer le piano et la danse – est l’un des jeunes qui s’est démarqués grâce à l’équilibre qu’il entretient avec le sport, les arts et ses études.

Car la passion pour le basketball est une affaire de famille chez les Radulescu. En effet, le père, Tudor, architecte chez Kanva, est également coach de basketball pour Sun Youth / Jeunesse au soleil et soutien fidèlement Pour 3 Points grâce à ses dons et son temps, depuis 2011.

Pour souligner la distinction méritée par Noah, Pour 3 Points souhaite survoler les liens précieux que la famille entretient avec le sport et l’organisme.

Une mission commune

P3P est né en même temps que la passion de Tudor pour le coaching. En effet, lorsque son fils Noah démontre un intérêt pour le soccer à l’âge de six ans, Tudor se porte volontaire pour entraîner l’équipe débutante. Il décide de renouer l’expérience d’année en année, alors que son fils progresse de niveau au basketball. « Ça m’a rappelé l’impact positif qu’ont eu plusieurs entraîneurs dans ma vie. Au-delà de simples éléments techniques, ils m’ont enseigné comment faire partie d’une équipe, la persévérance, une éthique de travail… Bref toutes les valeurs propres à P3P, je les ai acquises à travers mes entraîneurs lorsque j’étais jeune », raconte-t-il. « Ça m’a parlé beaucoup et j’ai décidé de continuer à entraîner, mais d’entraîner le moins possible mes enfants. »

Noah approuve sans hésitation: « Tous mes coaches ont changé ma vie! » La reconnaissance d’avoir grandi sans pression de choisir le basketball – le sport de prédilection de son père – est palpable alors qu’il se tourne vers ce dernier: « Tu as été mon premier coach. Quand je jouais au soccer et au basket, tu m’as toujours permis d’avoir autant d’amour pour les deux. »

L’égalité des chances

Sun Youth / Jeunesse au Soleil fait partie du quotidien de la famille depuis de nombreuses années. Avant d’y être entraîneur, Tudor y jouait, et c’est le club pour lequel ses deux fils jouent aujourd’hui au basketball. Mais il s’agit avant tout d’un organisme mettant en place de nombreux programmes d’aide et de dons (alimentaires et matériels) dans le souci sincère de rétablir l’égalité des chances dans leur communauté, une valeur grandement partagée par P3P.

Lorsque je demande à Tudor de me parler de cette réalité, il hésite avant de répondre: « C’est que ni moi ni Noah ne sommes réellement les mieux placés pour parler d’égalité des chances, parce que nous sommes très privilégiés. »

Bien que l’organisme jouit d’une réputation de basketball élite, favoriser l’accès au sport pour des jeunes indépendamment de la situation financière de leur famille est une mission beaucoup plus grande et importante que la performance. Une mission que se donne Tudor à titre de coach, mais également à titre de parent, en offrant du covoiturage, en partageant des repas… « et en faisant des partys! » complète Noah en riant!

En tant que coéquipier, est-ce que sa vision est différente? « On se connait depuis tellement longtemps…je ne perçois pas vraiment ça différemment, même si je suis conscient que certains de mes amis habitent plus loin et que c’est plus difficile. Mon coach les encourage à arriver plus tôt pour faire leurs devoirs avant et après les entraînements, parce qu’il sait qu’ils n’auront pas le temps de les faire, sinon. »

Aller au-delà du sport est extrêmement important pour Tudor: « Il y a des gens aisés qui jouent, mais certains n’ont pas les moyens de payer l’équipement et les déplacements, certains n’ont pas trois repas par jour, la situation à la maison est difficile: c’est d’autant plus de raisons d’encadrer ces jeunes-là à travers le sport. Parce que sur le terrain, ces choses-là disparaissent, tout le monde est sur le même pied d’égalité. Et ce moment d’égalité pendant le sport doit devenir plus grand et s’étendre au-delà du terrain. C’est ce qu’on essaie de faire concrètement. On veut que les jeunes voient qu’il y a beaucoup de possibilités et non perpétuer un contexte où la pauvreté engendre encore plus de pauvreté et un manque d’ambition, de vision.»

Par exemple, il parle en français à ses joueurs anglophones et vice-versa dans le but de leur apprendre que tout le monde doit faire un effort pour parler la langue de l’autre. Il se souvient aussi d’avoir fait découvrir Richard Desjardins à l’un de ses joueurs anglophones. « Ce n’est pas parce qu’on est dans une culture de hip-hop qu’on ne peut pas apprécier autre chose », explique-t-il.

Varier ses intérêts

C’est d’ailleurs cette valorisation de l’équilibre entre le sport, l’art et les études qui a permis à Noah de remporter une bourse de la Fondation Laurent Duvernay-Tardif. « C’est un honneur pour moi d’avoir reçu une bourse de Laurent Duvernay-Tardif. Je suis vraiment content, vraiment très fier! » confie Noah sous le regard souriant de son père.

Cet équilibre – nous le constatons collectivement à travers la confinement lié à la pandémie de la Covid-19 –  est extrêmement fragile. « C’est un avantage quand on a des intérêts variés. Je n’ai pas l’impression que Noah trouve le temps long, parce qu’il y a autre chose qui stimule son cerveau et son coeur. » Effectivement, Noah s’entraîne toujours autant afin d’améliorer son niveau au basketball, tout en continuant de jouer du piano. « Évidemment, le basket nous manque beaucoup, mais on est conscient qu’il y a autre chose dans la vie », poursuit Tudor.

Qu’est-ce qui leur manque le plus de leur sport? Après réflexion, Noah avoue qu’il s’ennuie de jouer dans un contexte compétitif. Quant à son père, il s’agit sans surprise du contact avec ses joueurs: « Ce sont mes autres enfants, en quelque sorte. Même si l’on communique, que je leur donne des exercices, ce n’est pas pareil. Chacun fait ce qu’il peut pour continuer de pratiquer, pour augmenter son propre niveau. C’est une perspective très individuelle, on est forcé d’être là-dedans actuellement. Mais, finalement, au-delà de nos capacités physiques, techniques et mentales, le basket, c’est en équipe que ça se joue. Ça parle beaucoup de société. »

La communauté P3P

Selon Tudor, P3P a le vent dans les voiles parce que les valeurs qu’elle défend sont universels: « Je me questionne souvent sur ce que j’ai à donner. Je n’ai pas les connaissances d’un coach universitaire, je n’ai pas l’expertise liée aux organismes communautaires, je suis un parent qui encourage son enfant comme un autre… Je crois que ce que j’ai à offrir est d’avoir vécu des situations similaires à ce que nos joueurs vivent. Trente ans plus tard, c’est encore et toujours les mêmes enjeux. »

Bien au fait que tous ne possèdent pas les mêmes moyens, il encourage néanmoins les gens sensibles à la mission de P3P à donner de leur temps, tout en insistant sur l’importance d’un soutien financier: « Ça fait une différence immense pour un organisme comme P3P. »

De son côté, il souhaite aider l’organisme encore longtemps, en participant et contribuant aux différentes levées de fond, car il croit sincèrement que l’impact des entraîneurs dans la vie des jeunes est importante, dans les sports d’équipe et individuels.

-Propos recueillis et article rédigé par Karine Cote-Andreetti-